Article tiré du magazine Pratique des Arts numéro 47
(19 novembre / 21 janvier 2003)
Texte : Emmanuelle Tenailleau - Photos : David G.

Rares sont les peintres qui parlent mieux des autres artistes que d'eux-mêmes. Parmi ceux-là, Rémy Aron: il nous aurait bien conseillé d'aller rendre visite à un de ses amis peintres... Mais non, c'est lui que nous voulons voir! Nous nous sommes donc faits tout discrets, puis, comme des Petits Poucets, nous avons ramassé les petits cailloux de son discours.

Au fond d'une cour enva­hie d'herbes folles et de fleurs sauvages, se niche l'atelier de Rémy Aron. Seule la banlieue parisienne recèle de ces trésors, ces hangars vidés de leurs artisans dont l'im­mensité convient aux artistes en mal d'espace et d'isolement. La lumière y est belle, jetée au travers des fenêtres hautes, éclairant la voûte du plafond. Sur la verticale, l'espace est vide. Il n'en est pas de même à l'hori­ zontale : déjà, une massive chau­ dière d'usine trône de toute sa rouille mate. Elle laisse au peintre peu d'espoir d'être vraiment chez lui. Disons qu'elle le tolère, ronflante en hiver. Dans l'atelier, la vie de tous les jours s'étale aussi simplement qu'elle est vécue: journaux, livres, catalogues d'expos, invitations, courriers, deux radios, de vieux fauteuils accueillants, resserrés pour la conversation, montrent qu'ici on vit, on partage. On y travaille: Rémy Aron vient quotidiennement peindre dans cet espace qui paraît d'autant plus gigantesque que l'homme est dis­cret. Il se déplace avec la souplesse du chat, il a des yeux chaleureux qui traduisent son amour des choses et des gens; comme un félin, il avance, quoiqu'il arrive, sans se bercer d'illusions, sans perdre de temps dans des affrontements, inutiles.

 




Il s'est ménagé un endroit précis, son domaine privé, délimité par de lourds rideaux et une cloison: le royaume de Rémy; Aron. Y dominent, maculés de peinture, les chevalets; s'y ordon­nent, éclaboussés de couleurs, les sièges de récupération. On pourrait croire que des tubes de peinture ont explosé comme des tuyaux d'arrosage sous pression. D'ailleurs, nul ne pénètre là sans risques: Rémy Aron lui-même revêt sa tenue spéciale. Quelle cuisine concocte-t-il ainsi?

 

 

 

 

 

 

 

 

Des partitions complémentaires : La manière de peindre de Rémy Aron répond à plusieurs paramètres qui, dans l'action, s'enchevêtrent étroitement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Peindre engage tout l'être
 : Assister à l'élaboration d'un tableau met en exergue l'aspect technique de la mise en œuvre. Mais à quoi sont destinés autant d'efforts?